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L’art d’avoir toujours raison, par Arthur Schopenhauer

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Arthur Schopenhauer

J’aurais rêvé de découvrir L’art d’avoir toujours raison plus tôt, cela m’aurait sans doute permis de mieux détecter et déjouer des pièges au moment de défendre mes idées ! En voici les principaux enseignements :

  • La vérité objective d’une proposition et la validité de celle-ci au plan de l’approbation des opposants et des auditeurs sont deux choses bien distinctes. C’est à cette dernière que se rapporte la dialectique, qui est l’art de disputer, et ce de telle sorte que l’on ait toujours raison, par tous les moyens possibles.
  • Celui qui sort vainqueur du débat doit bien souvent sa victoire non pas tant à la justesse de son jugement quand il soutient sa thèse, qu’à l’astuce et à l’adresse avec lesquelles il l’a défendue.
  • Même quand on a raison, on a besoin de la dialectique pour défendre son point de vue, et il faut connaître les stratagèmes malhonnêtes pour leur faire face ; il faut même souvent y avoir recours soi-même pour battre l’adversaire à armes égales.

La base de toute dialectique

  • L’adversaire a posé une thèse. Pour la réfuter, il y a deux modes et deux méthodes possibles.
  • Le mode ad rem: la thèse n’est pas en accord avec la nature des choses, la vérité objective absolue.
  • Le mode ad hominem ou ex concessis: la thèse contredit des affirmations ou concessions de l’adversaire.
  • La réfutation directe: attaque la thèse dans ses fondements (la thèse n’est pas vraie).
    • Nous démontrons que les fondements sont faux.
    • Nous admettons les fondements, mais démontrons que l’affirmation ne peut en résulter.
  • La réfutation indirecte: attaque la thèse dans ses conséquences (la thèse ne peut pas être vraie).
    • La conversion : nous admettons la vérité de sa proposition, y ajoutons une proposition reconnue comme vraie, et aboutissons à une conclusion manifestement fausse, puisqu’elle contredit la nature des choses (ad rem) ou les affirmations de l’adversaire (ad hominem).
    • L’instance ou exemplum in contrarium : démonstration de cas isolés compris dans ses propos mais auxquels l’affirmation ne s’applique pas.

Les stratagèmes

  1. L’extension et la réduction : étirer l’affirmation de l’adversaire au-delà de ses limites naturelles, la prendre au sens le plus large possible et l’exagérer. Par contre, réduire la sienne au sens le plus restreint qui soit. A : La paix de 1814 a rendu à toutes les villes hanséatiques leur indépendance. B : Danzig a perdu son indépendance. C : J’ai parlé de toutes les villes hanséatiques allemandes, Danzig était une ville hanséatique polonaise.
  2. L’homonymie : utiliser l’homonymie pour étendre également l’affirmation à ce qui, à part le même mot, n’a pas grand chose ou rien du tout en commun avec l’objet du débat, puis réfuter de façon lumineuse et se donner ainsi l’air d’avoir réfuté l’affirmation elle-même. A : Vous n’êtes pas encore initié aux mystères de la philosophie de Kant. B : Quand il est question de mystères, cela ne m’intéresse pas.
  3. La généralisation : prendre l’affirmation posée relativement comme si elle l’était de façon générale, ou du moins la concevoir dans un rapport tout à fait différent et la réfuter dans ce sens. Le Maure est noir, mais blanc pour ce qui est des dents ; il est donc à la fois noir et pas noir.
  4. Disséminer les prémisses : quand on veut arriver à une conclusion, il ne faut pas la laisser prévoir, mais obtenir discrètement qu’on en admette les prémisses en disséminant celles-ci au cours de la conversation, sinon l’adversaire tentera toutes sortes de manœuvres.
  5. Les fausses prémisses : on peut aussi prendre des propositions qui sont fausses en soi mais vraies ad hominem et argumenter à partir du mode de pensée de l’adversaire. Si l’adversaire est adepte d’une secte, nous pouvons utiliser contre lui les préceptes de cette secte en tant que principes.
  6. Le camouflage : postuler ce que l’on doit prouver (1) sous un autre nom, (2) en faisant admettre les vérités particulières pour prouver une vérité générale, (3) en faisant admettre une vérité générale pour prouver une vérité particulière, (4) en postulant l’autre proposition quand deux propositions découlent l’une de l’autre et qu’on doit démontrer l’une d’elles.
  7. Le questionnement ou méthode socratique : procéder à un questionnement afin de déduire des concessions de son adversaire la vérité de son affirmation.
  8. La provocation : mettre son adversaire en colère en étant ouvertement injuste envers lui et en le provoquant. Ainsi, il sera hors d’état de porter un jugement correct et de percevoir son intérêt.
  9. Le désordre : poser les questions dans le désordre afin que l’adversaire ne sache pas où l’on veut en venir et ne puisse se prémunir.
  10. Le contraire : quand l’adversaire fait exprès de rejeter les questions qui auraient besoin d’une réponse positive, il faut l’interroger sur la thèse contraire, comme si c’était cela qu’on voulait le voir approuver, ou tout du moins lui donner le choix entre les deux de telle sorte qu’il ne sache plus quelle est la thèse à laquelle on souhaite qu’il adhère.
  11. Les cas particuliers : si nous procédons par induction et que l’adversaire concède les cas particuliers, il ne faut pas lui demander s’il admet aussi la vérité générale mais l’introduire ensuite comme une vérité admise et reconnue. L’adversaire croira parfois l’avoir admise lui-même et les témoins auront la même impression.
  12. Démontrer par les mots : ce que l’on veut démontrer, on le met à l’avance dans le mot. « Protestant » vs « hérétique », « piété » vs « bigoterie », « mettre à l’abri » vs « enfermer ».
  13. Le choix violent : pour faire en sorte que l’adversaire accepte une thèse, nous devons lui en présenter le contraire et lui laisser le choix : mais nous devons énoncer ce contraire de façon si violente que l’adversaire est obligé d’approuver notre thèse. Demander « Faut-il en toute chose désobéir ou obéir à ses parents ? » pour faire reconnaître le second, ou demander « Quelques cas ou beaucoup de cas ? » quand l’adversaire dis « souvent ».
  14. Proclamer la victoire : quand l’adversaire a répondu à plusieurs questions sans aller dans le sens de notre conclusion, proclamer triomphalement que la déduction à laquelle on voulait aboutir est prouvée. Si l’adversaire est timide ou stupide et qu’on a beaucoup d’audace et une bonne voix, cela peut marcher.
  15. Le paradoxe : si nous avons posé une thèse paradoxale que nous avons du mal à démontrer, il faut présenter à l’adversaire n’importe quelle proposition exacte, mais d’une exactitude pas tout à fait évidente. S’il la rejette par méfiance, nous le confondons. S’il l’accepte, nous affirmons que notre paradoxe est démontré.
  16. L’argumentation ad hominem ou ex concessis : quand l’adversaire fait une affirmation, nous devons chercher à savoir si elle n’est pas, ne serait-ce qu’en apparence, en contradiction avec quelque chose qu’il a dit ou admis, avec ses faits et gestes, avec les principes d’une secte dont il a fait l’éloge, ou avec les actes des adeptes de cette secte. Si l’adversaire prend partie en faveur du suicide, lui dire « Pourquoi ne te pends-tu pas ? »
  17. La distinction subtile : si l’adversaire a une parade qui nous met dans l’embarras, se tirer d’affaire grâce à une distinction subtile à laquelle nous n’avions pas pensé auparavant.
  18. L’interruption : si l’adversaire s’est emparé d’une argumentation qui va lui permettre de nous battre, nous devons l’empêcher de parvenir au bout de cette démonstration en interrompant le cours de la discussion, ou en détournant le débat vers d’autres propositions.
  19. Le débat général : si l’adversaire exige que nous argumentions contre un certain aspect de son affirmation et que nous n’avons rien de valable à dire, se lancer dans un débat général et la contrer. S’il faut infirmer une hypothèse physique, parler, exemples à l’appui, du caractère fallacieux du savoir humain.
  20. La conclusion : si l’adversaire a admis les prémisses, il faut tirer soi-même la conclusion. S’il en manque une, il faut la considérer comme admise.
  21. Le contre-argument sophistique : en cas d’argument spécieux ou sophistique de l’adversaire dont nous ne sommes pas dupes, il est préférable de lui opposer un contre-argument tout aussi spécieux et sophistique afin de lui régler son compte. Au lieu de discuter longuement de la vraie nature des choses, il est plus rapide de donner un argument ad hominem quand l’occasion se présente.
  22. Le refus : si l’adversaire exige que nous concédions une chose dont découlerait directement le problème débattu, il faut refuser en prétendant qu’il s’agit là d’une pétition de principe.
  23. La contradiction : en contredisant l’adversaire, nous pouvons l’inciter à exagérer. Une fois cette exagération réfutée, il semblera que nous ayons réfuté sa thèse originelle. À l’inverse, il ne faut pas se laisser entraîner à exagérer ou élargir le champ de notre thèse : si l’adversaire essaie de reculer les limites que nous avions fixées, le couper immédiatement : « Voilà ce que j’ai dit et rien de plus ».
  24. Tirer des conséquences : on force la thèse de l’adversaire en en tirant de fausses conclusions et en déformant les concepts, pour en faire sortir des propositions qui ne s’y trouvent pas et qui se contredisent elles-mêmes ou contredisent des vérités reconnues.
  25. L’exemple contraire : l’induction requiert un grand nombre de cas pour poser sa thèse générale, alors que l’apagogue n’a besoin que de poser un seul cas en contradiction avec la proposition (une instance) pour que celle-ci soit renversée. La thèse « Tous les ruminants ont des cornes » est réfutée par l’instance unique des chameaux. Il faut veiller aux points suivants quand l’adversaire recours à des instances : 1) L’exemple est-il vraiment exact ? 2) Relève-t-il vraiment du concept de la vérité posée ? 3) Est-il vraiment en contradiction avec la vérité posée ?
  26. Le retournement : l’argument que l’adversaire veut utiliser à ses fins peut-être encore meilleur si on le retourne contre lui. A : « C’est un enfant, il faut être indulgent avec lui ». B : « C’est justement parce que c’est un enfant qu’il faut le châtier, pour qu’il ne s’encroûte pas dans ses mauvaises habitudes. »
  27. La colère : si un argument met inopinément l’adversaire en colère, il faut s’efforcer de le pousser encore plus loin : non seulement parce qu’il est bon de le mettre en colère, mais parce qu’on peut supposer que l’on a touché le point faible de son raisonnement et qu’on peut sans doute l’attaquer encore davantage sur ce point qu’on ne l’avait vu d’abord.
  28. Les auditeurs ignorants : ce stratagème et surtout utilisable quand des savants se disputent devant des auditeurs ignorants. Cela consiste à avancer une objection non valable mais dont seul le spécialiste reconnaît le manque de validité (argument ad auditores). Pour démontrer la nullité de l’objection, il faudrait qu’il fasse une longue démonstration et il lui sera difficile de se faire entendre. Idéalement, cette objection fera apparaître l’affirmation de l’adversaire sous un jour ridicule, provoquant des éclats de rire.
  29. La diversion : si on se rend compte que l’on va être battu, il faut faire une diversion, c’est-à-dire se mettre à parler de toute autre chose (soit en rapport avec la question, soit en rapport avec l’adversaire) comme si cela faisait partie du sujet débattu et était un argument contre l’adversaire.
  30. L’argument d’autorité : au lieu de faire appel à des raisons, il faut se servir d’autorités reconnues en la matière selon le degré de connaissance de l’adversaire. Si on n’en trouve pas d’adéquate, il faut en prendre une qui le soit en apparence et citer ce que quelqu’un a dit dans un autre sens ou dans des circonstances différentes, ou en cas de nécessité, déformer voire falsifier ce que disent les autorités, ou même inventer purement et simplement. Ce sont les autorités auxquelles l’adversaire ne comprend pas un traître mot qui font généralement le plus d’effet.
  31. L’incompétence : si on ne sait pas quoi opposer aux raisons exposées par l’adversaire, il faut, avec une subtile ironie, se déclarer incompétent. De cette façon, on insinue, face aux auditeurs qui vous apprécient, que ce sont des inepties. Il ne faut utiliser ce stratagème que quand on est sûr de jouir auprès des auditeurs d’une considération nettement supérieur à celle dont jouit l’adversaire.
  32. La catégorie exécrable : nous pouvons rapidement éliminer ou du moins rendre suspecte une affirmation de l’adversaire en la rangeant dans une catégorie exécrable, pour peu qu’elle s’y rattache par similitude ou même très vaguement. Par exemple : « C’est du manichéisme ». En faisant cela, nous supposons deux choses : 1) que l’affirmation est identique à cette catégorie ou contenue en elle, et 2) que cette catégorie est déjà totalement réfutée et ne peut contenir un seul mot de vrai.
  33. La théorie et la pratique : « C’est peut-être vrai en théorie, mais en pratique c’est faux. » Cette affirmation pose une impossibilité : ce qui est juste en théorie doit aussi l’être en pratique ; si ce n’est pas le cas, c’est qu’il y a une erreur dans la théorie.
  34. Le point faible : si l’adversaire ne donne pas une réponse directe à une question ou un argument, mais se dérobe ou essaie de détourner le débat, c’est la preuve évidente que nous avons touché un point faible. Il faut donc insister sur ce point faible et ne pas laisser l’adversaire tranquille.
  35. L’intérêt : au lieu d’agir sur l’intellect par des raisons, il faut agir sur la volonté par des mobiles. Si on peut faire sentir à l’adversaire que son opinion, si elle était valable, causerait un tort considérable à ses intérêts, il a laissera tomber aussitôt. Même chose si les auditeurs font partie du même groupe que nous, mais pas l’adversaire : sa thèse aura beau être juste, dès que nous laisserons entendre qu’elle va à l’encontre des intérêts de ce groupe, tous les auditeurs trouveront les arguments de l’adversaire faibles et les nôtres justes et pertinents.
  36. Les paroles insensées : déconcerter, stupéfier l’adversaire par un flot insensé de paroles. Si l’adversaire a secrètement conscience de ses propres faiblesses, s’il est habitué à entendre toutes sortes de choses qu’il ne comprend pas tout en faisant semblant de les comprendre, on peut lui en imposer en débitant d’un air très sérieux des bêtises qui ont un air savant ou profond.
  37. La mauvaise preuve : si l’adversaire a raison sur l’objet du débat, mais qu’il choisit une mauvaise preuve, il nous sera facile de réfuter cette preuve et de prétendre alors que c’est la réfutation de l’ensemble.
  38. L’attaque personnelle : si on s’aperçoit que l’adversaire est supérieur et que l’on ne va pas gagner, il faut tenir des propos désobligeants, blessants et grossiers. Être désobligeant, cela consiste à quitter l’objet de la querelle, puisqu’on a perdu la partie, pour passer à l’adversaire et à l’attaquer dans ce qu’il est, en étant vexant, méchant, blessant, grossier. Si l’adversaire passe aux attaques personnelles, il faut répondre tranquillement que cela n’a rien à voir avec l’objet du débat, y revenir immédiatement et continuer de lui prouver qu’il a tort sans prêter attention à ses propos blessants. Une autre parade consiste à ne pas débattre avec le premier venu, mais uniquement avec les gens que l’on connaît et dont on sait qu’ils sont suffisamment raisonnables pour ne pas débiter des absurdités et pour supporter d’avoir tort quand la vérité est dans l’autre camp.

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L’art d’avoir toujours raison, Arthur



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  • I have served on the board of private European companies of various sizes (from €5 million to €200 million of EBITDA) in various industries (food, wealth management, education, access control, dental services, real estate financing, publishing, building materials, capital equipment).
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